mercredi 6 décembre 2017

Mary et Lola (Sam Riversag)

Tome 1 : Pour un selfie avec toi

En découvrant l’infidélité de mon compagnon, je me suis retrouvée brutalement dans une autre dimension. Ma réaction intersidérale m’a sidérée moi-même : Je serai une femme libre, sans contrainte ni belle-mère. Mais voilà que le félon demande mon pardon. Et puis quoi encore ? Que feriez-vous à ma place ?

Prenons quelques instants pour parler d’un roman frais qui m’a assez surprise, et un peu désarçonnée.

Mary vit une petite vie tranquille. Très tranquille. Trop tranquille à son goût, elle l’admet volontiers. Jusqu’au jour où, ayant oublié son ordinateur portable, elle rentre chez elle pour le récupérer et tombe sur son copain en pleins ébats avec une autre fille. La situation devient critique, mais grâce à sa meilleure amie Lola, Mary va tenir le coup pendant que son désormais ex file avec l’autre nana. Elle va se redécouvrir en tant que célibataire, tomber sous le charme d’un acteur connu, et devenir une fan. Mais voilà que son ex revient pour demander pardon. Que faire ? Accepter ? Refuser ?

Je dois là vous avouer que j’ai un peu du mal à résumer cette histoire assez fraîche mais pleine de retournements de situations. L’histoire de Mary est pour le moins rocambolesque : je t’aime, moi non plus, je te trompe, mais je t’aime. Si vous aimez les romans sans prise de tête, Pour un selfie avec lui est un bon bouquin à vous conseiller !

Pour ma part, je suis un peu plus mitigée. J’ai effectivement passé un bon moment, parfois rigolé avec ces deux compères que sont Mary et Lola, mais je reste sceptique sur l’histoire d’amour qui reste centrale dans le roman. Mary découvre l’infidélité de son copain, le largue, le laisse revenir, il repart avec une autre, elle le laisse revenir, elle se fâche avec la belle-mère, elle se dispute encore avec son mec… franchement, ça devenait pire qu’un vaudeville, au bout d’un moment. Je me suis sérieusement demandé pourquoi elle restait avec ce mec, parce qu’on n’est pas vraiment sûre qu’elle l’aime. On a plus l’impression que c’est pour se venger et rester la victorieuse dans toute l’affaire. Je n’ai pas vécu cette petite étincelle qui me fait tant apprécier les histoires d’amour et de fait, je réprouve totalement les choix de Mary par rapport à son couple. Mais bon, on va dire que c’était une comédie et qu’il faut la lire en tant que telle, vraiment sans prise de tête.

L’histoire nous est narrée avec beaucoup de dynamisme, je dirais même que la plume est survoltée, un peu comme Mary, du moment où elle se découvre trompée. Sa petite vie plan-plan laisse place à une existence qui va plusieurs fois être chamboulée, et Mary va nous présenter un caractère de battante. Mais survoltée, ce qui peut demander un certain temps d’adaptation, mais qui n’est pas désagréable en soi. J’avais plutôt l’impression qu’une copine me racontait son histoire et qu’elle en était encore toute émue et remontée. Ça manquait parfois de fluidité, mais cela ne m’a pas vraiment dérangée !

Au niveau du rythme de l’histoire, avec pareil plume, vous pensez bien que la dynamique est bonne, même si parfois c’est même un peu trop soutenu. J’ai un petit peu regretté que l’autrice nous donne des précisions sur la suite bien avant que cela n’arrive, ça nous projetait trop loin alors qu’il y avait déjà bien à faire sur le présent. Mais encore une fois, ça colle très bien avec la façon de faire d’un récit oral, puisqu’on ne peut jamais s’empêcher de faire ce genre de remarques sur la suite. Il se passe en fin de compte beaucoup de choses dans ce roman : l’histoire du couple, les problèmes de travail de Mary, sa passion pour Benedict Cumberbatch, son amitié totalement dingue avec Lola, ainsi que leurs séances de tarot and co, sans parler de tout ce qui vogue autour (la famille, notamment). Quand je vous dis que c’est survolté, c’est survolté !

Un point sympathique à relever est justement la fascination de Mary sur cet acteur si connu. C’est à la fois impressionnant, amusant et réaliste, je trouve. Tout ce que réalise l’héroïne à la « gloire » de cet acteur peut sonner à la fois comme trop, et résonner comme étant quelque chose que n’importe quel fan pourrait faire. Sam Riversag permet en plus à Mary de s’en servir pour rebondir, et c’est une bonne chose, parce que ça démontre qu’on peut avancer par des voies que nous n’imaginions pas.

Du coup, ça me permet de passer aux valeurs du bouquin ! Cela risque d’être un point peu positif pour moi, je crois. Le comportement de Mary, même s’il reste sympathique, m’a parfois déçue. Sa façon de réagir aux évènements, de profiter de certaines situations, m’a gênée, surtout professionnellement sur la fin. J’ai réprouvé certains de ses actes, et comme je l’ai dit, si je suis à fond pour le pardon et l’amour, je ne sais pas si son histoire avec son copain était orientée là-dessus. Je n’ai pas senti de réelle avancée en profondeur, c’est dommage. Et on dira que tout ce qui est divination me dérange un peu, donc le tarot et le reste m’ont laissée un peu de côté. Après, j’admets que tout le roman est vraiment frais et que la narration survoltée m’a fait sourire, mais j’ai un peu décroché au niveau des valeurs… ce premier roman nous appelle quand même à compter sur nos amis et à rester fidèles à notre caractère, à ne pas vouloir changer pour quelqu’un d’autre, et ça, je tiens aussi à le souligner.

En conclusion, Pour un selfie avec lui aura été une lecture agréable, avec des personnages hauts en couleurs et une narration survoltée. Je n’ai pas totalement adhéré à toute l’histoire, puisque Mary effectue des choix que je n’approuve pas vraiment, même si je la trouve sympathique. L’histoire du couple en devint cocasse même si un peu irréaliste car il manque pour moi l’expression de sentiments plus profonds. Ça reste une comédie intéressante, qui se lit facilement, avec pour thématique secondaire la fascination de Mary envers un acteur bien connu ! C’est un roman que je peux conseiller pour son caractère amusant, même si je reste déçue de certains points. Ce sera donc un 14/20 pour moi !

jeudi 16 novembre 2017

Le Père David, l'Impératrice et le Panda (José Frèches)

Un grand roman épique.
L'histoire passionnante d'un animal devenu une légende.

"Vous le connaissez tous, avec sa splendide livrée noir et blanc, son air bonhomme, son appétit insatiable et sa démarche rigolote... le panda ! L'ami des enfants et le symbole de la préservation de la nature...

Ce que vous ignorez peut-être, c'est qu'un missionnaire français, le père Armand David, en 1869, est à l'origine de sa découverte. Sans lui, le panda aurait été décimé par la chasse et la déforestation.

C'est en m'inspirant de cette histoire vraie que je vous invite à me suivre jusqu'aux forêts du Sichuan, le territoire du panda géant, à remonter le fleuve Bleu, à explorer la fabuleuse Cité interdite et Shanghai la mystérieuse, sur les traces de mon héros, le père David Etcheparre, à la rencontre de l'impératrice Cixi et de Fleur de Sang, une jeune fille amoureuse des pandas.

Ensemble, nous découvrirons une Chine plus mystérieuse que jamais, soumise à tous les assauts, rongée par l'opium et pourtant insubmersible... mais aussi cet animal magnifique, dont le pays a fait l'un de ses principaux ambassadeurs. " José Frèches

Allez, hop ! On prend un peu de temps et on se flanque un coup de pied aux fesses pour taper cette chronique, sinon, j’y serai encore dans trois mois !

Le Père David, l’Impératrice et le Panda nous embarque auprès du Père David (on s’en serait douté), missionnaire lazariste qui va partir en Chine. Ce prêtre, qui rêve depuis sa jeunesse de voyager, est aussi un grand naturaliste qui rêve de découvrir de nouvelles espèces. C’est au cours de son séjour en Chine qu’il découvrira l’existence du panda, cet animal si mignon que nous connaissons tous aujourd’hui, mais qui à l’époque n’était connu que d’une poignée de gens ! Mais pour permettre à cette espèce de survivre, le Père David devra aller de rebondissements en rebondissements… et si le panda était appelé à devenir bien plus qu’une découverte scientifique ?

Je ne sais pas vous, mais déjà, je trouve cette couverture juste trop mignonne. En même temps, il y a des pandas juste tellement chous, dessus, il était difficile de ne pas la trouver mignonne. La thématique du roman est plutôt rare, de même que le contexte historique. Comme je suis curieuse, je me suis dit : « pourquoi pas ? ». La découverte que j’ai faite était effectivement intéressante, et j’en ai appris pas mal, même si côté plaisir de lecture, je n’en ai pas autant ressenti que je l’espérais. Je vais vous expliquer tout ça.

José Frèches est un spécialiste de la Chine, et ça se sent dans sa narration : il profite de plusieurs points pour glisser des détails sur la vie dans ce grand pays, sur les coutumes dont, nous, Occidentaux, ne savons rien, et sur encore bien des éléments. Ainsi, le lecteur fait face à une grosse poignée d’éléments qui sont enrichissants, mais qu’il faut savoir coordonner entre elles. La présence de personnages de fiction et d’autres historiques rend le tout encore un petit peu plus compliqué, parce qu’il faut tout resituer. Après, José Frèches possède heureusement une plume fluide et précise, il semble jouer avec son lecteur, ce qui rend le tout moins pesant, il faut l’admettre. Mais c’est dense quand même. J’ai appris beaucoup de choses sur ce contexte, cela dit !

Concernant l’intrigue, elle met du temps à se mettre en place, à proprement dit. Je dirais qu’une grosse partie du roman nous invite à suivre le Père David dans sa mission et dans ses débuts en tant qu’étranger en Chine. C’est romancé, et ça nous prépare à la suite, qui arrive dans la deuxième partie du roman. Le panda n’arrive que bien plus tard, et l’Impératrice prend sa place surtout dans la dernière partie du roman. Tout se coordonne ainsi plus tard, ce qui n’est pas non plus évident pour le lecteur. Mais c’est intéressant, encore une fois ! Pour celui qui se laisse distancer, il faut s’accrocher. J’ai mis du temps, à lire ce roman, mais j’ai fait une balade intéressante et originale, dans une intrigue réfléchie, renseignée et construite.

Au final, si vous cherchez un roman addictif et prenant, ce n’est pas forcément le bouquin qu’il vous faut. En revanche, si vous cherchez un livre qui va vous apprendre des trucs et qui essaie de romancer quelque chose qui s’est passé (pas forcément comme ça, mais dans le style d’une fable), c’est le bon roman ! Les personnages sont travaillés, et si j’ai eu du mal à m’attacher à eux du fait qu’on les suit trop sporadiquement (il y a de grosses ellipses pour favoriser la vue d’ensemble de l’intrigue), j’ai aimé les côtoyer. Ils sont réalistes, nous offrant sourires et malaises, comme des personnes normales le feraient.

Comme j’ai déjà parlé de la plume plus haut, je vais passer directement aux valeurs. José Frèches élève plusieurs fois le débat dans le roman à propos de la vision du missionnaire et de la transmission de la foi, de la complexité de l’évangélisation dans des contrées qui ne croient pas. J’ai aimé voir les doutes et les réflexions, la remise en question du Père David et de ses compagnons. Tout comme j’ai apprécié le recul que le lazariste prend entre son devoir de missionnaire et son côté naturaliste, scientifique. C’était assez justement amené, sans pour autant pousser le lecteur à choisir un camp. De fait, le roman peut nous inviter à considérer nos principes et à nous y accrocher, parce que c’est ce que font beaucoup de personnages. Ils suivent leur conscience avant tout. Je pourrais aussi parler de manipulations, du pouvoir de la drogue, parce qu’avec tout ce que José Frèches a présenté dans son intrigue, on pourrait y passer un long moment. Il y a plusieurs personnages emblématiques qui amènent tous une problématique qui fait réfléchir. Enrichissant, j’ai dit, non ? Je répète et j’insiste !

En fin de compte, Le Père David, l’Impératrice et le Panda a été un roman intéressant, enrichissant et dépaysant pour moi. J’ai appris de nombreuses choses, côtoyé des personnages travaillés et réalistes, et bien que je ne me sois pas attachée à eux, j’ai apprécié voyager à leurs côtés. L’intrigue n’est pas addictive, prenante au possible, mais elle nous invite à faire un tour dans une Chine que nous connaissons peu en Occident, auprès de ce prêtre qui ignore le retentissement de la découverte qu’il fera. José Frèches a le sens du détail, parfois même un peu trop, même s’il garde une plume relativement fluide, et qu’il parvient à créer un lien avec son lecteur, une connivence assez notable. Bref, c’était quand même une bonne lecture, juste différente de ce à quoi je suis habituée ! En conséquent, ce sera un 15/20 pour moi et je vous le recommande !